• 8 août 2012

    D’une bûche qui parle, Geppetto fait un pantin plutôt qu’un pied de table. Si la bûche était facétieuse, le pantin est un polisson désobéissant, menteur et têtu. Il ne veut que s’amuser et craint toujours de travailler et de se fatiguer. Dès qu’il le peut, il s’échappe et suit la route de brigands qui ont vite fait de le berner, de le dépouiller et de lui attirer les pires ennuis. « Malheur à ces enfants qui se rebellent contre leurs parents et qui, par caprice, abandonnent la maison paternelle. Ils n’auront jamais de bonheur en ce monde et, tôt ou tard, ils se repentiront amèrement d’avoir agi comme ils l’ont fait. » (p. 25)

    De péripétie en péripétie, Pinocchio vit bien des aventures et subit bien des malheurs. Son nez s’allonge dès qu’il dit des mensonges et c’est vraiment fréquent. La fée bleue lui offre souvent son aide et lui promet de faire de lui un vrai petit garçon, mais le petit pantin se laisse sans cesse entraîner dans des affaires louches. « Malheureusement, dans la vie des pantins, il y a toujours un mais qui gâche tout. » (p. 167)
    Le texte de Carlo Collodi n’a pas l’esprit bon enfant du dessin animé de Walt Disney : Pinocchio y est présenté comme de la graine de voyou et n’a rien du charmant pantin du dessin animé. Pas de conscience qui le suit à la trace : le Grillon Parlant n’est qu’une des nombreuses victimes de la méchanceté du pantin, avant qu’il s’amende. Ce conte absurde où le merveilleux se mêle au grotesque est une mise en garde pour les enfants : on apprend de ses douleurs et elles sont nombreuses pour Pinocchio. Le petit pantin rassemble presque tous les péchés capitaux – paresse, gourmandise, orgueil, colère – et il semble que rien ne le fera jamais s’amender. La morale est distillée tout au long du texte, à chaque malheur et bêtise du pantin. Si la leçon n’est jamais apprise par le héros, il faut espérer que les jeunes lecteurs l’ont bien comprise. Ce type de littérature pour la jeunesse participe d’une certaine idée de l’éducation qui veut que l’apprentissage passe par la peine et la punition. L’épanouissement personnel n’est permis que s’il répond aux règles de la vertu.
    C’est toujours intéressant, voire essentiel, de revenir aux textes sources qui ont offert à Walt Disney ses plus grands chefs-d’œuvre. Mais à choisir, je préfère le dessin animé : on n’y croule pas sous les péripéties et les personnages, Geppetto et Pinocchio, y sont plus sympathiques. Et je garde un souvenir attendri de Figaro, le petit chat du menuisier, qui est absent du livre.