Nous sommes ouverts le lundi de 14h00 à 18h00 et du mardi au samedi de 9h00 à 18h00.

Yv

http://lyvres.over-blog.com/

Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Les cinq de Cambridge / intégrale

Lemaire, Valérie

Casterman

29,00
par
15 février 2021

Cette imposante bande dessinée est l'intégrale des trois tomes parus à partir de 2015 : Trinity, 54 Broadway et Les étangs du patriarche, tous scénarisés par Valérie Lemaire et dessinés par Olivier Neuray. Incroyablement documentée, cette histoire vraie est parfois difficile à suivre, ce qui est souvent le cas des histoires d'espionnage, entre les agents doubles et les autres, mais elle reste passionnante. L'espionnage est bien sûr son coeur, mais elle aborde également les raisons qui poussent à agir comme tel : une certaine envie de justice et de société plus juste : dans les années 30, Staline apparaît comme le seul à pouvoir repousser le fascisme, l'Angleterre et la France se rapprochant de Hitler ; Staline est le seul à soutenir officiellement les Espagnols en lutte contre Franco. Elle parle aussi de la bonne société anglaise qui méprise les homosexuels (deux des cinq espions le sont) et prête à tout pour garder ses privilèges. Soyons clairs, on se retrouve davantage dans John Le Carré que dans OSS 117, je précise pour éviter les amateurs d'humour anglais. Not here.

L'histoire est ainsi construite que c'est Anthony Blunt qui la raconte à deux témoins en 1979 après que la première ministre de l'époque, Mme Thatcher, l'a donné en pâture aux journalistes, en contre-feu, pour pouvoir agir à sa guise économiquement et brutaliser les ouvriers.

Le dessin d'Olivier Neuray est rigoureux, précis et minutieux, il colle parfaitement aux faits et aux lieux de l'époque. Bande dessinée historico-politique, d'espionnage de très grande qualité.

Les mensonges du Sewol, Roman
par
15 février 2021

Kim Takhwan part de cette tragédie réelle et s'intéresse au rôle des plongeurs professionnels qu'on a appelé quatre jours après le drame, non pas pour retrouver des survivants mais pour remonter les corps des disparus. La gestion des secours fut un véritable fiasco : les autorités promettant des sauveteurs et n'en envoyant pas, ou trop tard et dans des conditions exécrables. En juillet 2014, le responsable des plongeurs qui n'a pu qu'appliquer des consignes inadaptées et accusé d'homicide involontaire à la suite du décès d'un plongeur.

Ce roman est une longue lettre d'un plongeur adressée au juge. Cet homme, Na Kyong-su est un personnage fictif, librement inspiré d'un vrai plongeur avec lequel l'écrivain a noué une relation amicale après le drame. En forme de lettre envoyée au juge pour décrire les conditions de travail, les conséquences terribles de ces plongeons répétés sur la santé des sauveteurs.

C'est un roman fort qui, malgré quelques longueurs et répétitions, cible le manque de réactivité des autorités sud-coréennes devant l'ampleur du drame et la volonté d'icelles d'allumer un nouveau feu en accusant un homme pour mieux tenter de se disculper. Contrairement à la littérature asiatique parfois très imagée, ce livre est direct, clair. On est presque dans un récit journalistique, un rapport des activités et des conséquences de celles-ci sur les hommes. Prenant de bout en bout.

Parias

Sabine Wespieser Éditeur

18,00
par
15 février 2021

Qu'il est beau ce texte. Le père, dans une langue belle, écrit son amour inconsidéré pour la jeune femme qu'il rencontre. Prêt à tout pour la conquérir et la garder, quitte à se mettre les deux familles à dos. Il y parle poésie, lui le nomade qui a renoncé à la vie de ses ancêtres pour s'installer en ville. Mais vite, il aborde la difficile mixité sociale, l'amour qui s'effiloche, l'obligation d'éloignement pour le travail qui sépare les corps et les cœurs.

"Moi, je n'ai jamais su atteindre les côtes dont je rêvais pourtant. Je voulais aller là où vous étiez, toi et les enfants, me baigner chaque jour de la calme sérénité des moments tranquilles, connaître le langage de tous les jours, les habitudes de chaque instant, les rires, les fâcheries, les petites joies et les petites peines, je ne demandais rien que cela, le bonheur des gens modestes, et je ne l'ai même pas eu." (p.154/155)

Le passé simple donne à la lettre du père une classe et un charmes désuet, comme s'il pouvait enfin écrire à sa bien-aimée tout ce qu'il n'a pas pu lui dire. C'est beau, tout simplement.

A l'inverse, le récit du fils est beaucoup plus oral, c'est un pré-ado qui s'exprime. Le calme, la force et le désespoir du père en sont renforcés. Élevé par un ami, il traîne dans les rues du PK7, se bagarre, chaparde, ce qui lui évite de trop penser aux disparus, sa mère et son père qui refuse qu'il vienne le voir à la prison ainsi que sa petite sœur, Malika, recueillie par un oncle qui refuse de le voir. C'est un récit plus direct, plus naïf qui en écho à celui du père permet de comprendre la globalité de leur histoire familiale.

J'ai déjà lu Beyrouk et son formidable Le griot de l'émir. De nouveau, je suis séduit par son livre, son écriture, la finesse, l'élégance et la beauté d'icelle.

Origine paradis

Thierry BRUN

Hors d'atteinte

17,00
par
9 février 2021

Ce roman en plus de nous plonger dans les arcanes des partis politiques et particulièrement de l'extrême-droite qui cherche à se financer au mépris des lois en trouvant toutes les combines pour trouver de l'argent, décrit un jeune homme perdu qui ne sait pas d'où il vient et a besoin de le savoir pour avancer. C'est bien fait pour les deux points sus-cités. Le financement occulte par l'intermédiaire des micro-partis est bien expliqué sans être plombant, Thierry Brun ne s'attarde pas sur les théories extrémistes, mais bien sur les pratiques pour se rendre fréquentable – la fameuse dédiabolisation – et pour recruter des gros bras et des politiciens prêts à tout pour être élus.

Thomas, lui, vit dans ce monde sans vraiment adhérer aux thèses, il sait que Saint-Clair est lié à ses parents et veut savoir comment et pourquoi iceux sont morts. C'est le portrait d'un jeune homme qui se cherche, un peu violent, un peu alcoolique, néanmoins pas prêt à toutes les compromissions pour parvenir à ses fins. Il lui faudra juste trouver les bonnes personnes pour le guider. Un texte à la fois classique, très dialogué, des personnages et des situations ou événements forts et atypiques font que ce roman se suit avec un grand intérêt, je dirais même avec un intérêt grandissant au fur et à mesure qu'on tourne les pages.

Thierry Brun qui a écrit des polars sait comment bâtir un roman et tenir son lecteur sans en faire des tonnes. Pas d'artifices, ses personnages sont crédibles, réalistes, ce sont eux qui font qu'on a envie d'aller au bout. J'avais déjà aimé l'un de ses précédents livres, Ce qui reste de candeur, très différent.

Intouchable, Rien n'est plus fort que le désir de vengeance

Rien n'est plus fort que le désir de vengeance

City Edition

18,50
par
9 février 2021

Je ne suis pas spécialiste ni très amateur de thriller, j'ai toujours l'impression qu'il y a des codes stricts, des passages obligés et un manque de surprises, ou disons que les surprises sont attendues ; mais comme icelui est écrit par Jean-Christophe Portes, l'auteur de la série historique avec Victor Dauterive entre autres, je me suis laissé tenter. Cela commence difficilement avec une mise en place de l'intrigue et des différents intervenants que je trouve longue et des répétitions, des passages un peu bavards.

Une fois ces bémols passés, je suis entré dans le cœur de l'action et des personnages, sans tergiversations, au plus profond d'eux, d'Anne en particulier. Et cela c'est un bon point qui me ramène dans ma lecture. Son mal de vivre depuis la mort de Manon est omniprésent, comme si elle s'empêchait de survivre à elle et que sa mission était de crier partout qu'elle ne s'était pas suicidée.

L'on entre également dans la tête de Simon Bonnamy, JC Portes alternant les deux narrateurs, lui d'abord tout doucement, puis prenant plus de place au fil des pages. Le roman va assez vite, il est dense, à peine 250 pages, donc excellent format pour moi et se lit vite. JC Portes rajoute des éléments au cours de son histoire, renforçant la détermination de l'une et l'aspect inquiétant de l'autre. Ni Anne ni Simon ne sont des personnages vraiment sympathiques, lui semble être un monstre -mais je n'en dirai pas plus- et elle l'est un peu aussi tant sa vengeance l'a obsédée et l'obsède encore au point de négliger son autre fille et les gens qui l'entourent. La difficulté à vivre de l'une étant la conséquence des actes horribles de l'autre.

Même -a priori, comme quoi, les a priori...- non-amateur du genre, je me suis laissé emporter, preuve que ce thriller est très bon. En outre, l'auteur évoque des lieux que j'aime beaucoup, Nantes, Pornic et Les Moutiers-en-Retz, station balnéaire que je fréquente souvent pour mes balades iodées.